Herbert Smith Freehills prend le pari de la consolidation du marché du droit

Herbert Smith Freehills

En janvier dernier, Hubert Segain a été reconduit en tant que managing partner du bureau parisien du cabinet Herbert Smith Freehills. Occupant cette fonction depuis janvier 2013, il est également responsable du département corporate. Il est spécialisé en fusions-acquisitions impliquant des sociétés cotées et non cotées, en private equity, en opérations de marchés de capitaux et en droit bousier. Il assiste également les sociétés cotées sur les problématiques liées à la gouvernance.

Auteur de nombreux articles sur les fusions-acquisitions et la réglementation des marchés financiers, il est régulièrement sollicité par les organismes de réglementation et par des organisations professionnelles sur les projets de changements législatifs et réglementaires relatifs au droit des affaires et au droit des marchés financiers.

Après environ 5 ans passés au sein du cabinet Simpson Thacher & Bartlett, il a rejoint Herbert Smith Freehills en mars 2005 pour en devenir associé en 2008. Titulaire d’un DEA en droit privé de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et d’un DEA en droit des affaires obtenu à l’université Paris-II Assas, il a également obtenu un LLM à la Yale Law School. Il est membre des barreaux de Paris et de New York.

 

Q: Comment s’est déroulé le premier semestre 2015 ? A-t-il été propice aux opérations en France ?

R: Nous avons constaté une reprise assez générale dans tout ce qui a trait au transactionnel, que ce soit en M & A, en projets d’infrastructures, en financements ou en immobilier. Et ce alors que le contentieux continue à être dynamique, de son côté. Cet environnement favorable s’inscrit dans la continuité de ce qui avait déjà été constaté à la fin de l’année 2014, ce qui s’avère plutôt rassurant. En revanche, nous avons remarqué un repli des projets liés à l’énergie et aux ressources naturelles depuis la baisse du prix du pétrole et des minerais, soit environ un peu plus d’un an.

Q: Quelles sont les raisons pour lesquelles l’horizon semble s’être éclairci ?

Hubert Segain
Hubert Segain

R: Elles sont multiples. Au premier rang d’entre elles, la baisse du dollar, qui a indéniablement joué en faveur du développement du M & A en France, comme partout en Europe. Ensuite, le fait que la dette d’acquisition soit peu onéreuse depuis quelque temps facilite les transactions, d’autant qu’un tel phénomène se produit à un moment où les entreprises ont retrouvé des situations financières plus saines et reconstitué de véritables « trésors de guerre » pour mener à bien des acquisitions. Cela étant, il faut aussi prendre en considération l’environnement politico-économique pour analyser la situation. Force est de constater que le climat des affaires s’est amélioré depuis le récent changement de cap du gouvernement, même s’il reste encore beaucoup à faire pour redorer l’image de la France. Dans notre pays, le principal frein au marché des fusions-acquisitions n’est autre que le droit du travail et particulièrement les questions de fiscalité. Il suffit d’échanger avec des banquiers d’affaires londoniens pour savoir qu’ils peinent à vendre des actifs dont la composante française est importante. A ce jour, la problématique de la fiscalité personnelle à 75 %, pourtant abrogée, et les déclarations fracassantes des ministres de l’Economie successifs demeurent très présentes dans les esprits des investisseurs étrangers et n’ont pas été contrebalancées par la loi Macron, par exemple.

Q: Comment vous adaptez-vous à de telles contraintes ?

R: Il y a plusieurs façons de se conformer aux besoins exprimés par nos clients. En premier lieu, comme ils manifestent le désir de trouver des leviers de croissance en dehors de l’Hexagone, nous essayons de nous focaliser sur les dossiers qu’ils engagent à l’étranger, que ce soit pour leurs deals ou pour leurs sujets de contentieux. A partir de Paris, nous les accompagnons également sur leurs projets en Afrique, en Asie ou ailleurs, et ce d’autant plus facilement que nous avons intégré des avocats spécialistes du droit anglais et que nous proposons des tarifs moins élevés que ceux pratiqués sur la place londonienne. Pour ce qui est de l’Afrique, cet accompagnement, traditionnellement centré sur les secteurs de l’énergie et de l’infrastructure, s’est beaucoup développé dans les secteurs des biens de consommation, des télécoms et des services financiers. En second lieu, et afin de nous adapter à l’évolution de la demande, nous mettons davantage l’accent sur la mobilité des équipes, que ce soit dans le cadre de missions en détachement chez les clients ou dans les nouveaux bureaux de notre réseau international. En troisième lieu, nous avons mis l’accent sur le développement de notre offre en matière de financement et de nos relations avec les grandes banques de la place et nous sommes maintenant présents dans la plupart des panels.

Q: Outre le transactionnel, sur quoi vous penchez-vous ?

R: A Paris, nous disposons d’une équipe dédiée à l’arbitrage dotée de trois associés – ce qui représente une importante équipe pour la France. Cela nous permet d’intervenir dans un domaine du droit caractérisé non seulement par une place de l’Hexagone importante, mais aussi par le fait qu’il s’agit d’un domaine dans lequel le produit juridique ne s’est pas, encore, commoditisé et sur lequel la concurrence est moins féroce.

Q: Le métier d’avocat d’affaires est tout de même très concurrentiel. Comment envisagez-vous l’avenir pour Herbert Smith Freehills ?

R: La situation telle qu’elle évolue nous conforte dans le modèle que nous avons mis en place, autour de quatre axes. Premièrement, nous tâchons de suivre un schéma de fonctionnement le plus insensible à l’évolution de l’économie, en partageant notre action entre contentieux et transactionnel. Deuxièmement, nous avons préféré porter l’accent sur des clients industriels et non pas sur les fonds de private equity, très dépendants des cycles et de la dette disponible. Troisièmement, nous avons tourné notre prisme vers l’accompagnement de nos clients industriels lors de leurs opérations à l’étranger. Quatrièmement, nous avons fait le pari d’une tendance sectorielle forte, en portant l’accent sur les infrastructures, l’immobilier, l’énergie, tout en réfléchissant sur les opportunités de déploiement géographique en Afrique, aux Amériques, en Europe… A cet égard, nous avons plusieurs projets en cours.

Q: N’est-ce pas une course à la taille ?

R: Nous n’augmentons pas la dimension de notre réseau international pour le plaisir de l’agrandir, mais parce que nous sommes convaincus que les métiers du droit connaîtront le même phénomène de consolidation que les métiers du chiffre. A l’image de ce qui a conduit à l’émergence des Big Four dans l’audit, nous sommes persuadés qu’il n’y aura qu’une dizaine de « global leaders », à terme. Et nous voulons être de ceux-là ! La force de la marque étant bien plus efficace que les réseaux de « best friends », nous continuerons à augmenter le nombre de nos bureaux, tout en veillant à répondre à la nécessaire baisse des coûts de nos clients. C’est ainsi que nous ambitionnons d’inscrire de façon pérenne Herbert Smith Freehills dans le paysage du droit.